Notes sur les unités ayant pris par aux combats du 23 juin 1916

Au 114e B. C. A.

Dans cette journée du 23 juin 1916, qui, au dire de nos plus grands Chefs, a marqué le moment le plus critique de la bataille de Verdun, le 114e B. C. A. a joué un rôle particulier d’une importance certaine.

La situation est très critique, parce que, devant une offensive ennemie d’une intensité encore jamais atteinte, touts les Grandes Unités disponibles sont engagées et qu’il n’y a plus de réserves à la disposition du Haut Commandement.

C’est ainsi que sur le front des Divisions Garbit, Toulorge et Giraudin, où l’ennemi ce jour-là, va faire peser un effort gigantesque et réussira en fait à bouleverser et parfois à anéantir notre défense, il ne reste, en arrière des premières lignes, que de faibles unités, elles-mêmes dans une situation assez précaire et constituant les « réserves de Division ».

Le 114e B. C. A. était réserve de Division.

Il avait quitté la Citadelle de Verdun le 22 juin, dans la soirée, et était arrivé dans la nuit au lieu qui lui était assigné, conduit par des guides, mais qu’aucun de nous ne connaissait et n’avait reconnu.

Cette marche s’était faite dans les conditions les plus pénibles, sous un bombardement ininterrompu et d’une grande violence d’obus de gros calibres et d’obus toxiques. Au petit jour du 23, les hommes, écrasés de fatigue, sont terrés dans des trous, sur un terrain qui nous est, complètement inconnu.

J’essaie de m’orienter, cependant. Je crois comprendre que nous sommes sur le versant Est de la côte de Froideterre. Nous avons suivi, pour arriver là, le ravin du Pied-Gravier, et devant nous, c’est le Ravin des Vignes qui continue d’être l’objet d’un bombardement méthodique de l’ennemi. De l’autre côté du ravin, en un point qui semble également l’objet d’un intense bombardement, la carte indique Fleury, et plus à droite encore doit se trouver le Fort de Souville. Sur ma gauche, en remontant la côte de Froideterre, je devine (d’après la carte encore) la direction de l’ouvrage de Thiaumont, où deux de nos compagnies (1ère et 2ème) ont été, parait-il, poussées pour renforcer la défense du secteur incombant au 121e B. C: P.

L’attaque allemande se déclenche vers 7 h. 1/2. Du moins en avons-nous la  « sensation », car après une accalmie, le bombardement vient de reprendre avec une intensité plus grande. C’est un « trommel-feuer » qui fait trembler le sol.

Alerte sur toute la ligne.

Bientôt, le Chef de Bataillon Dessoffy, commandant le Bataillon, fait appeler les Commandants de compagnie.

Peu de mots :

L’heure est très grave. D’après le peu de renseignements que l’on ait, elle est catastrophique.

L’ennemi qui a attaqué – (avec les forces massives que l’on a su depuis) a littéralement bouleversé, sur tout le secteur imparti à notre Division et plus à l’Est, semble-t-il, l’ensemble de nos organisations défensives.

Thiaumont vient de succomber. Le 121e B.C.P. et nos deux compagnies de renfort sont encerclés. (On saura un peu plus tard leur admirable défense avant d’être en partie anéantis).

Il faut s’attendre à voir l’ennemi déferler vers nous.

Le Bataillon va se porter en avant, au-devant de l’assaillant et contre-attaquer.

A cet effet:

Deux compagnies, les 5e et 6e, et la C.M. 2, reçoivent aussitôt l’ordre de progresser sur les pentes Est de Froideterre pour s’opposer aux colonnes ennemies qui, déjà, amorçaient leur mouvement sur ce plateau.

L’exécution fut immédiate et peu après, comme je l’appris ensuite, un violent corps à corps allait se produire au moment où la 6e compagnie arrivait à hauteur de l’ouvrage des Quatre Cheminées. Ce petit ouvrage servait de poste de commandement à la Brigade (258e) et de poste de secours. Déjà et avant que j’exécute le mouvement que je vais dire, les Pionniers du Bataillon étaient aux prises avec les plus audacieux des agresseurs et avaient fait des prisonniers (des Bavarois). Environ deux heures plus tard, les deux compagnies avaient complètement dégagé les Quatre Cheminées et l’avance ennemie allait être stoppée sur ce point.

Mais, entre temps et avant de donner ses derniers ordres, le Cdt Dessoffy qui, jumelles en mains n’avait cessé d’interroger le terrain entre Thiaumont et Fleury, prit brusquement – au vu de ce qu’il apercevait – la décision de lancer ce qui lui restait de son bataillon – c’est-à-dire les 3e et 4e compagnies – l’une sur le versant Ouest, l’autre sur le versant Est du Ravin des Vignes pour s’opposer à l’avance ennemie qui se dessinait dans ce secteur, où aucune défense de notre part n’était plus perceptible.

Dans ce large espace qui dépassait nettement les limites de la Division, le danger lui apparut si grave et si immédiat qu’il n’hésita pas à assumer de sa propre initiative une mission qui pouvait sembler au-dessus de nos forces et donc de pur sacrifice.

C’est avec une émotion contenue qu’en quelques mots il me donna ses ordres, qui se résumaient à porter ma compagnie (la 4e) de l’autre cote du Ravin des Vignes, à déployer tout mon monde en faisant une conversion à gauche et à me porter au-devant de l’ennemi dans une direction qu’il précisait du geste en me disant : « Regardez vous-même ».

La 3e compagnie devait, je crois, épauler à gauche les 5e et 6e compagnies déjà engagées et la C. M. 1 reçut mission de me donner l’appoint de son feu.

J’avais, à mon tour, dirigé mes jumelles dans la direction indiquée par le Commandant et aperçus, à travers les éclatements et la fumée des obus, de minces colonnes d’uniformes sombres marchant en bon ordre dans la région Ouest de Fleury et en direction générale du Ravin des Vignes.

Je crus d’abord à un mouvement de repli des nôtres, trompé par la couleur des uniformes que je prenais pour ceux de nos chasseurs. « Mais non, dit le Commandant, ce sent des Alpenjäger et voyez, ils n’ont plus rien devant eux ».

Ma compagnie, déjà alertée, se trouvait prête à faire mouvement, mais l’exécution des ordres que je venais de recevoir n’était pas sans difficultés et il fallait faire vite.

Nul doute que l’attaque ennemie ne puisse reprendre de sitôt.

La compagnie, en effet, était étirée sur environ 2 a 300 mètres dans une série de trous jointifs formant amorce de boyau le long de la pente N.-O. du ravin, parallèlement donc au thalweg orienté sensiblement N.E.-S.O. Or, il m’était demandé de me rabattre de l’autre côté du ravin sur une ligne perpendiculaire à la première. Soit une conversion de près de 90°. D’autre part, la traversée du ravin posait un problème, car le fond en était battu de façon ininterrompue par l’artillerie ennemie.

Les témoins, cependant, du mouvement que fit alors la compagnie la virent, se déployer « comme à la manœuvre », ainsi que devaient l’écrire nos historiographes de guerre. (V. Henri Bordeaux : « La Bataille devant Souville »).

Ce « Miracle », comme d’autres l’appelèrent, trouve cependant son explication simple dans l’entraînement assez particulier qu’avait reçu la compagnie pendant les quelques jours où le bataillon avait été repris en mains, à Ligny-en-Barrois, avant de monter à Verdun.

Instruit, en effet, par les rapports, vrais ou faux, souvent excessifs à la vérité, qui nous parvenaient de Verdun, aux termes desquels la manœuvre des petites unités engagées était rendu impraticable par les circonstances mêmes du combat (transmission des ordres impossible sur un terrain défoncé, sous le bombardement, le bruit assourdissant, etc.,), j’avais mécanisé ma compagnie à agir en toutes circonstances par petites colonnes d’escouade. Nous étions à effectifs pleins et la compagnie était encore articulée en quatre sections de deux escouades, soit huit petits éléments, dont le chef de file avait constamment l’oeil sur le capitaine qui, armé d’une canne devenue populaire, – le seul engin, d’ailleurs, dont je me sois jamais servi à la guerre – commandait exclusivement par quelques gestes simples que tons connaissaient.

Me portant au centre du long cordon que formait la compagnie, je décide la formation en « colonnes d’escouades par un » pour traverser le ravin qui nous fait face.

J’ai observé, en effet, que les salves d’artillerie, qui font un enfer du fond du ravin, laissent cependant entre elles un intervalle de temps régulier de quelques minutes suffisantes pour traverser au pas de course la partie dangereuse de ce ravin.

Au signal donné, et alors que fument encore les derniers éclatements d’obus, mes huit petites colonnes descendent la pente, traversent au pas de course le thalweg et gravissent déjà le versant opposé quand la rafale suivante balaie à nouveau la zone infernale.

Pas un blessé ! Je sens mes chasseurs en confiance et ardents à la tache.

Je fais aussitôt déboîter vers la droite chacune de mes petites colonnes, et un instant plus tard, c’est une ligne continue de près de 200 mètres qui se trouve déployée perpendiculairement au ravin. Pas un coup de feu, car la contre-pente nous dérobe aux vues de l’ennemi. Un simple « face à gauche » et « baïonnette au canon » ! Au centre de non dispositif, mes deux clairons près de moi, je fais alors le signal « En avant » !

C’est cette ligne scintillante (il doit être environ dix heures et le soleil qui darde fait étinceler nos baïonnettes) qui, au changement de pente, à notre arrivée sur le plateau, va apparaître tout à coup aux détachements ennemis qui ont de leur côté sensiblement progressé.

A ce moment seulement, des rafales d’armes d’infanterie font, hélas, quelques vides autour de moi. Des chasseurs tombent et je crains que la fatigue ne paralyse notre élan. A tout prix, il faut pousser de l’avant. Je fais sonner la charge par mes deux clairons, tout en donnant le signal de ces hurlements sauvages par lesquels nous terminions autrefois (joyeusement dans un assaut imaginaire) nos manœuvres de garnison.

Dans le cas présent, cela nous donne du coeur au ventre d’autant mieux qu’en même temps, nous avons la joie d’entendre sur notre gauche le tir des mitrailleuses Hotchkiss de la C.M. 1, manoeuvrées avec un courage et une dextérité qui valurent au jeune Lt Ritter la Croix de Chevalier de la Légion d’honneur.

Mes chasseurs, véritablement grisés, fournissent alors un dernier effort, et je me prépare au corps à corps que je sens inévitable avec des adversaires de valeur.

Mais stupéfaction ! Les assaillants se sont arrêtés et tourbillonnant sur eux-mêmes, refluent vers un remblai (talus ? ou fossé de route ? ou, je crois, bordure d’un petit chemin de fer stratégique, comme un officier allemand, acteur rescapé de cette bataille, devait, beaucoup plus tard, me l’expliquer).

Toute ma compagnie, de son, côté, épuisée par un effort physique qui dure depuis la veille au soir, s’est littéralement aplatie sur le sol.

Nous sursautons cependant à un bruit de tonnerre qui nous déchire les oreilles, cependant que, sans arrêt, des obus passant par dessus nos têtes. Mais, cette fois, ce sont nos artilleurs qui balaient littéralement devant nous la zone où s’avançaient une heure plus tôt nos adversaires. Ce sont des tonnes d’obus de 75 que des batteries, qui viennent de s’installer derrière nous, déversent sur l’ennemi, faisant voltiger dans des tourbillons de poussière et de fumée ce qui étaient les lisières de Fleury.
Nul doute que l’attaque ennemie ne puisse reprendre de sitôt.

Cependant, nous sommes en plein terrain découvert et je voudrais m’assurer une protection au moins élémentaire en creusant le sol. Je m’inquiète aussi de ma droite, qui me semble complètement en l’air.

Mais les hommes sont à ce point extenués que beaucoup se sont endormis la face contre terre et me donnent l’impression de cadavres. Ce n’est qu’en fin de journée que nous procéderons sur place à un semblant d’organisation.

J’ai reçu cependant, par un sous-officier de liaison, un billet du Cdt Dessoffy (billet resté aux archives du Bon), ainsi conçu :

« 23 juin. 13 h. 35. – Cdt Dessoffy a Cne Veron :

« Bravo pour votre mouvement qui à eu un résultat très important. Il faudrait maintenant que vous établissiez la liaison avec la 130e Division, à votre droite, car vous êtes dans son secteur, et que si cette Division pout venir vous relever en progressant, vous veniez repasser le ravin par petits groupes et vous former en réserve dans le boyau allant du Bois des Vignes aux Quatre Cheminées. M’envoyer renseignements aux Quatre Cheminées ».

Signé : DESSOFFY.

En vérité, la journée du 23 juin passera sans réaction de la part de l’ennemi, mais sans que j’aie pu assurer la liaison sur ma droite. A la faveur du soir et de la nuit, cependant, des isolés ou de petits groupes appartenant aux unités les plus diverses vont errer dans le secteur. Je me souviens avoir ainsi rencontré des éléments du 39e d’infanterie, régiment qui avait subi l’attaque ennemie à Fleury et avait éprouvé des pertes considérables. De même des éléments du 297e R.I., à la recherche de leur régiment, etc. Des nôtres, faits prisonniers le matin, avaient pu, à la faveur du désordre qui suivit, rentrer dans nos lignes, et il n’y a pas jusqu’a une corvée de soupe allemande qui ne vint s’égarer chez nous.

La nuit, du 23 fut donc fertile en incidents, alertée, fiévreuse mais sans combat. Vers minuit, je fus avisé par les soins du Cne Adjt-major du Bon qu’une attaque allait se déclencher sur le front Douaumont, Froideterre, Thiaumont, menée par le, 106e B. C. P., un Bon du 359e et deux Bon du 63e R. I. Le 114e  devait laisser passer l’attaque et garder ses positions Je ne crois pas que cette action ait été menée.

Ce n’est que le 24 juin au soir qu’un bataillon, venu de Verdun, vint assurer ma liaison avec la 130e Division (Général Toulorge).

Ce qui suit n’a plus d’intérêt au regard de la bataille du 23 juin. Le bataillon fut relevé quelques jours plus tard, ayant, au cours de huit jours écoulés, fait le sacrifice de 120 tués et de, plus de 500 blessés.

Je garde personnellement le précieux souvenir d’une journée où j’ai eu, comme Commandant d’une belle compagnie de Chasseurs alpins, les plus grandes satisfactions et les plus pures émotions qu’un exécutant peut avoir a la guerre. Mais comme on l’a vu, tout s’est passé avec une grande simplicité, « comme à la manœuvre ». et je n’ai pas la prétention d’avoir été plus qu’ « un moment » dans cette grande tourmente.

Ce qu’il faut admirer sans réserve, c’est faction du Cdt Dessoffy qui, par la sûreté de son coup d’oeil et par la rapidité de ses décisions, a jeté dans la bataille, au lieu où il le fallait et au moment opportun, tous les éléments de son bataillon, en imposant ainsi à l’ennemi et ayant par son intervention personnelle puissamment contribué à changer à notre avantage une journée qui s’annonçait, désastreuse pour nos armes, pour l’existence même de Verdun et pour les suites de la guerre.

Général VERON

Ancien Commandant d’une Compagnie du 114° B. C. A. A Verdun,

Au 120e B. C. P.

« Le 6 juin 1916, nous embarquons à Pont-Saint-Vincent. On parle d’une offensive dans la Somme. Les « tuyaux » se multiplient. Il n’est pas jusqu’au nombre des boites de singe qui ne serve à supputer la longueur du trajet, car nous sommes, comme à chaque déplacement, surchargés de vivres.

Nous débarquons à Ligny-en-Barrois. C’est Verdun.

La grande route est sillonnée d’incessants convois. Des troupes relevées passent en chantant. La chanson est pour le poilu, l’oubli, la détente morale, presque le bonheur. On chantait dans les camions de Verdun.

Le 13 juin, à 9 h. nouvel embarquement en camions. Nous roulons sur la grande route de Verdun, l’artère puissante, constamment entretenue qui alimente toute la grande bataille. De nuit et de jour, c’est un défilé incessant de camions, d’autos et de motos lancées à toute allure dans les deux sens. Les fantassins et les voitures empruntent des pistes qui font largement déborder la route à droite et à gauche dans les champs.

Nous arrivons au bois de Nixeville sous une pluie battante qui ne cessera pas de la journée. Il faut bivouaquer là. Les chasseurs grattent la boue épaisse et s’abritent comme ils peuvent sous leur toile de tente.

Le 14 juin à 6 h. 15, le Bataillon part pour la Citadelle de Verdun. Il en repart à 19 heures, passe par Belleville, suit quelque temps la route de Bras et prend ensuite le boyau parallèle à la route. Il y a de l’eau jusqu’a la ceinture pour les petits et jusqu’au genou pour les autres. Des guides prennent les Compagnies à la Ferme de la Folie et les conduisent à leurs emplacements.

Le 120e relève des éléments du 403e R. I. dans ce qui fut le Bois d’Haudromont et la partie Ouest du Bois Nawé. A droite est le 106e Chasseurs, à gauche, le 78e R. I.

Nous sommes provisoirement rattachés à la 21e D.I. et au groupement du Général Nollet.

L’artillerie est très active, les tranchées et boyaux, constamment bouleversés par un bombardement de gros calibre. Malgré tout le dévouement apporté par les corvées, le ravitaillement est précaire. La soupe, qu’il faut aller chercher très loin, sous les obus, n’arrive qu’au petit jour. Elle est froide et doit être mangée aussitôt : quelques heures plus tard, elle serait avariée. Les hommes souffrent beaucoup de la soif.

Pas de fil de fer, aucun obstacle en avant des lignes. Le Bataillon est en alerte constante et reçoit des feux de front et de flanc. Dans la soirée du 15, le 106e B.C.P. qui tient la droite, vers Thiaumont, est attaqué. L’ennemi, après une violente préparation d’artillerie, réussit à lui prendre un élément de tranchée. A la demande du Commandant du 106e, un peloton de la 6e Compagnie (Lieutenant Destremeau), en réserve du 120e, part à 21 h. 30 sous un tir de barrage pour contre-attaquer, mais le 106e parvient à rétablir sa situation.

Le 17 juin, à la suite d’une vigoureuse préparation d’artillerie, le 106e B.C.P., appuyée d’éléments du 358e R.I., ayant à sa disposition la 6e et la 2e C.M. du 120e, attaque les tranchées ennemies des «  Trois Centres », « d’Ypres » et des « Sapeurs ».

L’opération réussit parfaitement à gauche, moins bien à droite. Une partie des objectifs est totalement atteinte en quelques minutes et le 106e fait 24 prisonniers du 73e Bavarois, qui passent au P.C. 120e vers midi. Toutefois, les nouvelles positions du 106e, soumises à un violent et continuel marmitage, sont intenables; et doivent être évacuées.

Notre artillerie, le 18 juin, fait un tir lent et continu sur les ravins de la Dame et de la Couleuvre, qui sont les cheminements préférés de l’ennemi ; de son côté, l’Allemand bombarde incessamment nos tranchées avec des 105 et 150. Des avions règlent le tir. La plupart des boyaux sont démolis.

Cependant, l’artillerie française semble avoir une supériorité marquée.

Impression contraire en ce qui concerne l’aviation. Les appareils de l’ennemi, par trente à la fois, tiennent l’air constamment, survolant bas nos positions.

Dans la journée du 22 juin, les Allemands envoient une grande quantité d’obus asphyxiants. Le 23, à 3 h. 45, un allemand du 10e Bavarois est fait prisonnier par la 4e compagnie. Interrogé, il prétend que sept divisions allemandes doivent attaquer à la pointe du jour, en direction générale de Thiaumont.

Immédiatement, le Chef de Bataillon alerte le 120e, transmet le renseignement au 40e R.I. à gauche, au 359e R.I. à droite.

Une diversion est tentée sur la 2e compagnie du 120e B. C. P. ; accueillie par les mitrailleuses, elle est contrainte de se terrer.

A 8 heures, nous apprenons que l’attaque allemande est déclanchée sur Thiaumont ; de nombreux renforts ennemis arrivent par le Ravin de la Couleuvre.

A 10 h. 30, le Lt-colonel Mellier, commandant le 359e, envoie ce renseignement grave :

« Le 359e et le 65e, additionnes d’éléments du 297e d’Infanterie, tiennent toujours leurs emplacements. Immédiatement à droite, le front a été percé et le 121e bousculé. L’ennemi a progressé sur la crête de Thiaumont, probablement au Sud de l’ouvrage. Si une contre-attaque ne rétablit pas les choses sur la côte de Froideterre, notre droite est complètement tournée… »

Des prisonniers des 114e et 121e B. C. P., 297e et 65e R. I., comptant parmi eux beaucoup de blessés, passent dans le Ravin de la Dame, se dirigeant vers Douaumont, précédés par deux allemands.

Arrives près des Carrières, occupées par la 2e compagnie, ils sont appelés, par le lieutenant Houplon et rentrent dans nos lignes avec leurs gardiens, qui sont, à leur tour, fait prisonniers.

Le 120e constamment alerté, est soumis à un bombardement intense. Les deux sections de mitrailleuses, placées dans le Ravin de la Dame, aux extrémités du boyau Levolh, tirent sans arrêt sur les combattants ennemis. Elles en abattent un grand nombre, mais deviennent un objectif d’artillerie. Un obus de gros calibre enfonce un abri, ensevelissant à jamais les lieutenants Bailly, Rognon, Gizor et Rochefort.

La très grande activité de l’artillerie allemande se poursuit le 24 juin. L’ennemi remarque la moindre terre remuée et la bombarde sans interruption, ne voulant permettre aucune amélioration de la position.

 L’artillerie française exécute des tirs de barrage sur les Ravins de la Dame, de la Couleuvre et les pentes de Douaumont. Fusillades intermittentes sur la droite, vers Thiaumont, où la situation est critique.
 Mouvements incessants de troupes ennemies sur les pentes de Douaumont.
 Les bombardements diminuent un peu d’intensité, puis reprennent le 1er, juillet, appuyés par une aviation très active.
 Dans la nuit du 4 juillet, le 120e B. C. P. est enfin relevé par le 58e R. I.

Le 8 juillet, à Ligny-en-Barrois, un service solennel est célébré en présence de l’Evêque de Verdun, en mémoire des braves de la 129e Division morts au champ d’honneur ».

G. RAOUL

Ancien du 120e B. C. P.

Au 121e B. C. P.

« Je suis un des rares rescapés du 121e et tous les souvenirs de la guerre sont encore présents en ma mémoire. Je peux donc en parler en toute connaissance de cause.

Je ne sais rien du 106e, si ce n’est qu’il a été alerte dans la nuit du 22 au 23 juin et qu’il a contre-attaqué avec le 114e B. C. A. et divers éléments d’infanterie.

Quant au 121e tout entier, il fut engouffré dans la tourmente et quand on connaît le chiffre des pertes, on peut se rendre compte exactement de ce qui s’est passé dans l’effroyable journée du 23 juin 1916.

Effectifs en ligne pour six compagnies de F.V., deux C.M., dont une de Brigade : 1.650 Tués : 636 ; disparus présumés morts : 112 ; blessés évacués : 265 blessés ramassés par les Allemands 185  prisonniers : 400 environ.

Le rôle joué par le 121e, attaqué par cinq régiments des 1er et 3e Corps bavarois pris de flanc par deux régiments alpins allemands, fut très important.

Les Généraux Pétain, Nivelle et Mangin ont su, d’après les prisonniers, le soir du 23 juin, que par !a défense acharnée de Thiaumont, le 121e permit aux troupes en arrière de s’organiser et aux modestes renforts d’arriver.

Tout entier, il fut engouffré dans la tempête, ce qui n’a pas empêché à certains de prétendre qu’il ne s’était pas défendu.

Le Commandement a d’ailleurs reconstitue le 121e B. C. P. après Verdun avec, notamment, une compagnie du 106e (Ss-Lt Boisset) et deux compagnies du 120e B. C. P. Le 114e B. C. A. a quitté la Division après la relève et les 106e, 120e et 12e ont formé un Groupe de chasseurs jusqu’à la fin de la guerre ».

Lt-Colonel NARRON.

Une lettre d’un Poilu du Bataillon

Il nous a été donné de retrouver une lettre d’un ancien du 121e B. C. P., écrite le 10 juin 1916, quelques jours avant la date à laquelle il a été porté disparu, soit le 24 juin :

Mes chers Parents,

Je vous écris en hâte ces quelques mots pour vous dire que je me porte bien. Demain, nous partons pour une destination inconnue, Voici notre tour ! On dit que ça va barder car les boches en mettent un grand coup. C’est invraisemblable à voir tous les blesses qui défilent par ici.

Mais ne vous inquiétez pas, mes chers Parents. Je suis plein d’entrain et, si Dieu le veut, je passerai encore cette fois au travers.

Merci pour les colis que vous m’avez envoyés et auxquels nous avons tous fait honneur dans mon escouade!

A bientôt donc, mes chers Parents. Je vous embrasse tendrement,

Signé : Paul HEUZE

Cette lettre, si émouvante dans sa simplicité, nous a touché. Nous n’y avons point rencontré de ces phrases désenchantées que l’on trouvait, parfois, dans des lettres de poilus.

Par une sorte de pudeur, de délicatesse, le jeune Heuzé n’a pas voulu impressionner ses parents et a gardé pour lui les appréhensions d’un départ qui s’annonçait plein de dangers.

Ce jeune combattant de 20 ans ne pouvait ignorer vers quel abîme lui et ses camarades allaient glisser, entraîné par 1’effroyabie tempête qui soufflait sur le champ de bataille de Verdun.

Au 39e R.I.

De I’Historique du Régiment

Ce régiment normand est arrivé le 10 juin à la caserne Béveaux, à Verdun, pour monter en ligne à partir du 12 dans le secteur Thiaumont-Fleury.

Le 18 juin, le 1er Bataillon occupe Fleury, le 2e l’abri 320, le 3e en réserve à Verdun.

Le 22 juin, le 39e est soumis comme ses voisins aux bombardements par gaz, puis par obus de tous calibres.

A 20 heures, la situation se présente ainsi :

En première ligne : 2e Bataillon (de Lignières), 5e, 6e, 7e compagnies ayant chacune une section de réserve à la redoute 320.

8e compagnie au N.-E. de Fleury ; CM, à la redoute 320.

En deuxième ligne : 1er, Bataillon (Dicharry), 4e compagnie à Fleury, 3e compagnie et C. M. à la Poudrière, 1ère et 2e au bois Fleury.

 En réserve, à Verdun, 3e Bataillon (Mathieu).

Le matin même, l’ordre est donné d’effectuer à la nuit tombante la relève du Bataillon de Lignières, qui vient de passer quatre jours très durs en première ligne, après avoir travaillé six nuits en deuxième ligne. Le Bataillon Dicharry doit se porter à la redoute 320 et le Bataillon Mathieu est désigné pour occuper la 2 e ligne.

Malheureusement, l’émission de gaz par obus asphyxiants a complètement perturbé les relèves. Les compagnies ont fourni un effort considérable pour un résultat très médiocre ; les hommes, congestionnés par le masque qui les étouffait, échappaient a l’action des chefs qui, dans cette fumée grisâtre, ne pouvaient qu’à grand peine voir leur chemin.

A 3 h. 30, un pilonnage des plus violents succède à l’émission de gaz.

Vers 8 h. 30, l’ennemi est signalé aux lisières de Fleury. Les unités stationnées au bois Fleury sont aussitôt mises en route pour contre-attaquer. La 6e compagnie arrive à temps sur le plateau pour assurer la protection d’une batterie de 75, placée à 200 mètres au Nord de la Poudrière, et pour arrêter tout progrès de l’ennemi qui allait tourner complètement le P.C. du Colonel. La 10e compagnie se place à gauche, la C.M. 3 garnissant la ligne.

Le téléphone qui reliait la redoute 320 a l’entrée N. de Fleury a été coupé trois fois et trois fois rétabli, grâce au dévouement des téléphonistes.

Les liaisons optiques ne purent fonctionner à cause des fumées.

Aucun agent de liaison n’a pu parvenir jusqu’au P. C. du Colonel. La fatalité a voulu que, par suite de l’impossibilité d’exécuter la relève prévue, le régiment, au lieu d’être échelonné en profondeur, s’est trouvé ramassé au moment de cette terrible attaque entre la redoute 320 et le village de Fleury. Les hommes ont été asphyxiés ou écrasés sous le feu des plus violents qui couvrait toute cette superficie.

La première ligne, qui n’avait pas été incommodée par les gaz asphyxiants, bien commandée par des officiers énergiques qui avaient fait leurs preuves, a été écrasée par le pilonnage, puis a été tournée sur sa droite et surtout sur sa gauche.

Quelques obus de 150 tombes à l’entrée E. de la redoute incendièrent un dépôt de fusées signaux.

Le bombardement des nouvelles positions continue sans interruption les 24 et 25 juin et les éléments restants du 39e R.I. sont relevés dans la nuit pour regagner Verdun.

D’un Conseiller de I’Union Française

« Pendant une première période de quatre jours, mon bataillon (3e bataillon : Cdt Mathieu) avait tenu l’abri de la défense permanente de Verdun, situé entre Fleury et l’ouvrage de Thiaumont (abri 340). Ce n’avait pas été très drôle, mais enfin, nous avions connu aussi bien pendant les onze mois que nous avions passé en Artois. Nous redescendîmes pendant quatre jours dans la citadelle.

Dans la nuit du 22 au 23, nous devions relever notre 1er, bataillon à Fleury et Bois-Fleury. Lui-même devait relever le bataillon de première ligne. Nous partîmes vers 9 heures.

Dès que nous fumes arrivés au bas des Cotes de Meuse (à la Patte d’Oie), j’eus le sentiment du drame qui commençait a se jouer. Des départs illuminaient tout l’horizon. Pas ou presque pas d’éclatements. Les obus à gaz ne faisaient que peu de bruit. Nous ne trouvâmes aucun agent de liaison. Bientôt, nous vîmes les cadres des échelons d’artillerie lancés à fond de train, dont les conducteurs criaient : « Les gaz, les gaz ». Je devais avec la compagnie que je commandais (la 10e) occuper la position de Bois-Fleury. Je vous épargne le récit de ce que fut cette relève. J’y perdis un tiers au moins de mes hommes qui arrivèrent épuisés dans une position sommaire. Avec l’aube, le bombardement se calma. J’envoyai des agents de liaison pour savoir ce qui se passait dans Fleury. Aucun ne revint.

Vers 5 heures du matin, je vis arriver la 6e compagnie (Cne Lombard) – la seule qui ait pu être relevée. Nous restâmes ainsi sans ordres ni renseignements pendant plusieurs heures, nous attendant à voir arriver les Allemands et nous préparant à les recevoir. C’est vers 10 heures que je reçus un ordre signé du Général Mesple (Commandant l’infanterie de la Division), m’enjoignant d’occuper avec la 6e la côte qui passait au-dessus de la poudrière de Fleury. En fait, le Général Mesple et le Colonel du 39 étaient à peu près prisonniers dans la poudrière ; les Allemands étaient arrivés jusqu’a la crête qui la domine. Nous effectuâmes le mouvement et parvînmes à repousser les Allemands de quelques centaines de mètres, rétablissant une ligne qui allait des derrières maisons de Fleury (où s’accrochait ce qui restait du 239) à une batterie dont deux canons pouvaient encore tirer à mitraille, Au-delà, il y avait un trou impossible à combler. C’est sur cet emplacement qu’un obus, éclatant juste sur le bord du trou d’où je commandais cette ligne plus mince qu’un fil, me fit sauter les tympans et me mit en si mauvais état qu’on dût me transporter dans la poudrière de Fleury. A la nuit, au bras d’un brancardier, je revins dans Verdun sans rencontrer la moindre troupe. Ce fut seulement au bas des Côtes de Meuse que je croisai et essayai de renseigner un bataillon de chasseurs. Mais je criais alors comme un sourd que j’étais, et je doute que mes explications aient été très claires.

Le 27 juin, le 39e, qui avait dû monter en ligne avec un effectif d’environ 2.000 hommes, en comptait 740 (cuisines et section hors rang comprises). II restait au 1er bataillon, un officier ; au 2e, un artificier ; au 3e, cinq officiers – dont trois officiers mitrailleurs »

D. BOISDON

Ancien Conseiller de l’Union Française.

Au 67e R.I.

C’est vers une heure du matin, le 21-6, que mon bataillon quitta le fameux tunnel du Fort de Tavannes, où il se tenait alerté depuis la veille pour se diriger vers la lisière du Bois Fulmin, à  la hauteur de la Batterie de Damloup, entre Vaux et Douaumont, à droite de la côte 304 en empruntant ce qui restait de boyaux, mais la plupart du temps, en terrain découvert. Nous succombions sous le poids des cartouchières et des musettes bourrées de grenades et de paquets de cartouches supplémentaires, sans compter le poids des deux bidons et du sac dont les courroies nous coupaient les épaules… Après les multiples péripéties que vous imaginez, allant du comique au dramatique, nous arrivions vers 3 heures sur la position qui nous était dévolue et sous un bombardement terrible, avec gaz asphyxiants et projections de liquides enflammés ; cette relève avait éveillé les Allemands malgré la précaution prise d’incurver le fourreau de baïonnette pour que celle-ci ne vibre pas, ne fasse pas de bruit. C’est avec une certaine ironie que l’on devait prononcer le mot « relève », car c’était en vain que l’on cherchait les camarades à relever ; la plupart étaient couchés à terre, gémissants, agonisants ; un défenseur vivant tous les 8 à 10 mètres et qui ne croyait plus à cette relève. Lorsque le jour se leva, je fus saisi de terreur en m’apercevant que la faible tranchée encore debout dans laquelle je me tenais accroupi était couverte de cadavres, entassés les uns sur les autres, les uns sans tête ou sans jambes, ou les deux a la fois. On aurait cru des ballots ficelés dans du drap, gonflés, enchevêtrés les uns dans les autres d’où coulait une pourriture mélangée de sang et de terre et qui exhalait une odeur fétide. Le sol, à la hauteur de ce qui fut jadis le parapet, n’était que cadavres ou débris de corps humains entassés comme s’ils avaient voulu tomber la pour nous protéger… et c’est sur cet immonde charnier que, depuis 3 heures du matin, recroquevillé, le genou en terre, j’attendais avec mes camarades le signal d’une attaque allemande, que nos officiers prévoyaient depuis notre arrivée et qui, d’après les dernières prévisions de l’Etat-Major allemand, devait nous anéantir.

Cette dernière ne devait pas se faire attendre, et vers 8 heures du matin, nous recevions l’ordre de mettre « baïonnette au canon ». Environ une heure après, alors que nos pertes étaient déjà très importantes, par suite d’un bombardement d’une intensité inouïe, nous voyions s’avancer sur nous la première Division de la Garde Impériale (Division d’élite), dont une partie était porteur d’appareils à liquides enflammés dont nous étions arrosés… C’était mon premier combat à l’arme blanche… contre un ennemi dix fois supérieur en nombre. Plus une goutte de salive dans nos gorges desséchées et  brûlantes depuis plus de 48 heures (car c’est de la soif dont nous avons aussi terriblement souffert), tout y avait passé, l’alcool de menthe pur, 1a gelée prélevée sur les boites de singe (celui-ci laissé pour compte). La fièvre nous agitait et nous conduisait au délire, certains camarades allant jusqu’à boire leur urine.

Après avoir repoussé par trois fois de formidables vagues d’assaut qui essayaient en vain de nous refouler, les éléments de notre droite et de gauche étaient écrasés. Notre glorieux régiment refusa d’abandonner le terrain, refoula l’ennemi, et bientôt, les unités voisines reconstituées parvinrent à rétablir la liaison. Grâce au 67, la ligne était conservée intégralement. Le 23, les vagues d’assaut allemandes se ruèrent de nouveau sur nos lignes, avec une fureur extraordinaire, non seulement elles échouèrent, mais encore en les refoulant à la baïonnette, le régiment progressa de 150 mètres. Nous avions laissé sur le terrain 14 officiers, 1.842 hommes, sans compter plus de 200 disparus ».

Au 239e R.I.

« Le 239e joua lui aussi son rôle dans la fameuse bataille du 23 juin 1916. Nous sommes heureux de pouvoir reproduire ici quelques notes du Capitaine Thomas, ancien adjudant- major au 6e Bon donnant ainsi une idée des misères que dut supporter cette belle unité.

Le 22 juin 1916, les 21e et 22e compagnies et 2e S.M. du 6e Bon après avoir été relevées à Fleury par le 5e Bon,, se trouvaient en réserve à Verdun, sous les ordres du Cdt Regard.

Les 23e, 24e Cies et 2e S.M. en deuxième ligne, au Petit Bois Fleury, sous les ordres du Capitaine Adjt-major Thomas. Depuis trois jours, les Allemands bombardaient sans arrêt les positions.

 Le 22 juin au soir, l’ennemi commence une formidable émission par obus de gaz asphyxiants, pendant 7 heures.

Vers minuit, les deux Cies au Bois Fleury furent alertées pour se porter au S. du village de Fleury avec mission de se tenir dans la poudrière à la disposition du commandement. Dans une atmosphère irrespirable de chlore et de poudre, aveugles sous le masque, nos soldats ont des difficultés pour accomplir leur mission.

La Poudrière, étant occupée par de nombreux blessés et par une C. M. du 39e, les éléments du 239e durent rester dehors.

L’air dans les bas-fonds était absolument irrespirable et les 21e et 22e Cies, reçurent, vers 3 heures du matin, l’ordre de regagner le Bois Fleury.

A peine les deux Cies avaient-elles regagné leurs emplacements qu’un courrier apportait l’ordre ci-dessous du Chef de Corps Despierre pour exécution immédiate :

 « Vos deux Cies vont se porter immédiatement à Fleury, position intermédiaire à la hauteur de la 17e (poste de secours) avec deux S. M. ».

Il faut refaire le chemin parcouru quelques instants auparavant… Les hommes sont brisés de fatigue.

Un avion allemand survole le déplacement des deux Cies, l’artillerie allemande déclanche sur elles un tir de barrage. Il existe bien un boyau, mais il est comblé de blessés, et cependant, il faut avancer coûte que coûte. Les Cies, en colonne par un, avancent péniblement à travers un chaos indescriptible.

Il faut plus d’une heure pour parcourir le kilomètre qui sépare le Bois Fleury du poste de commandement de la brigade. Les Cies ont perdu la moitié de leur faible effectif.

Le Capitaine adjt -major Cdt les deux Cies va trouver le Colonel Despierres à son P. C., au Sud de Fleury, qui lui précise la situation sans pouvoir donner des nouvelles des unîtés de première ligne.

Les 18e et 20e  Cies qui étaient en avant de Fleury eurent à peine le temps de voir les masses grises d’attaque déferler sur leurs lignes. Elles furent submergées, anéanties, soufflées. Nul n’en revint.

La 19e Cie, qui était en échelon, livra une lutte acharnée et tout entra en action.

La 17e Cie (Capitaine Hans), ayant pu péniblement exécuter l’ordre qui lui avait été donné à 7 h. 30 du matin, arrêta l’ennemi à la sortie de Fleury, avec quelques survivants.

Le Capitaine adjudant major donne ordre à la 23e Cie de se porter à l’E. de Fleury, sa gauche en liaison avec les éléments du Capitaine Hanss, et de rechercher à sa droite la liaison avec le 405e R.I.

La 24e Cie se portera a l’O. de Fleury, sa droite en liaison avec la 17e sa gauche avec ce qui reste du 39e R. I.

Le 24e exécute le mouvement prescrit et son chef, le Capitaine Breton, est tué d’un coup de feu à la tête tire à bout portant par un allemand dissimulé dans un trou d’obus. Le Capitaine Hans tombe à son tour, face à l’ennemi vers 10 heures, au moment même où deux faibles compagnies arrivent pour appuyer la résistance. Dans l’après-midi, deux autres compagnies, demeurées en réserve à Verdun, arrivent à leur tour avec le Commandant Regard. A partir de ce moment, l’attaque allemande est stoppée.

L’ennemi, après de très durs combats, a atteint la chapelle Sainte-Fine, au N. du fort de Souville. Cet endroit marque avec Froideterre l’extrême pointe de l’avance allemande.

Le 239e a, lui aussi, contribué, avec les unités voisines, à sauver Verdun en arrêtant de façon absolue la ruée des hordes allemandes sur Fleury. Le 239e avait ordre de tenir, il a tenu ».

Au 407e  R. I.

Souville fut particulièrement touché dans la bataille du 23 juin.

Le Gl H. Colin, dans son livre sur la bataille de Souville, a relaté notamment ce qui s’est passé le 23 juin au cours d’opérations auxquelles prirent part les 405e et 407e R.I. de la 307e Brigade (130e D.I., Gl Bordeaux).

« Le 23 juin, vers 9 heures, le village de Fleury est entre les mains, des Allemands, sauf la partie Sud et la station, où quelques éléments opposent une défense acharnée. »

La 103e D. I. allemande, qui avait la mission la plus importante, celle de s’emparer de Souville, échoue dans son effort devant la 307e Brigade.

«  Le fort de Souville depuis la perte des forts de Douaumont et de Vaux, est devenu notre principal rempart sur la rive droite de la Meuse. Souville perdu, il n’y aura plus, pour protéger Verdun, que la côte de Belleville-Saint-Michel. On accède à Souville, au Nord, par les pentes jadis boisées de Vaux-Chapitre. Ces pentes sont tenues, depuis huit jours, par les deux régiments de la Brigade Bordeaux : 405e (Lt-Col Mauriot) et 407e (Col Allain), dont les éléments alternent

« Au moment de l’attaque, le 407e est en ligne. Très éprouvé, il a reçu, à sa gauche, l’appui de quelques Cies du 405e. Le Col Allain a son P.C. à ]a carrière de Vaux-Chapitres.

« Les débris de la première ligne sont refoulés par les 71e et 32e régiments allemands. A droite, le bataillon Forzy (3e  du 407e ) parvient à conserver l’appui de sa droite, en sorte que la liaison est maintenue avec la troupe voisine, ce qui contribue grandement à sauver la situation. Mais à gauche, un vide s’est produit, où les Allemands pénètrent, prenant à revers une partie des nôtres. A ce moment, les Allemands tiennent la victoire de bien près. S’ils réussissent sur Souville, comme sur Thiaumont et Fleury, Verdun est en grand danger. Une heureuse contre-attaque va tout sauver ».

 C’est le 407e R. I. qui entre en action.

Ce sont relate le Cne Gerard-Dubot Cdt la 11e Cie, des combats acharnés qui furent livrés, dans des conditions plus que difficiles pour défendre contre les bombardements et les attaques renouvelées de l’ennemi, un secteur dont la droite est appuyée au Ravin de la Mort, alors que sa gauche voisine avec le 2e Bon.

L’adversaire, multipliant ses attaques, parvient à encercler la Cie et fait prisonniers les héroïques survivants.

Le Cne Weill, du 2e Bon, fait revivre les faits d’armes de son bataillon au cours de cette journée du 23 juin, qui fut peut-être, écrit le Gl H. Colin, la plus critique de la bataille de Verdun. Il explique comment, devant les attaques répétées des Allemands et leur progression, une contre-attaque désespérée, conduite par le Cdt Joignerez, arrêta l’ennemi.

Nous trouvons aussi des indications aussi précises qu’émouvantes sur les opérations menées par le 39e et 239e R.I., qui soulignent le rôle joué en cette journée du 23 juin 1916 par la 130e D. I..

Il y eut, certes, de la gloire pour tous en ces heures tragiques. Les évoquer, c’est rendre hommage à tous ceux qui se sont battus là, ce jour-là, magnifiquement, qui s’étaient battus avant et qui, s’ils survécurent, se battirent ailleurs jusqu’a la victoire finale ou… jusqu’a leur mort !

(Journal de Marche du 407e R.I.)

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