Annexes

Rapport du Chef de Bataillon BURTSCHELL

En réponse à l’Ordre d’opérations n° 39 de la 21e D. I., complète par l’Ordre de la Brigade du 15 juin, 3 h. 15, j’ai l’honneur de soumettre respectueusement au commandement les considérations suivantes :

Le Chef de Bataillon commandant le 106e n’a pas le temps nécessaire pour « monter son attaque » dans le court laps de temps qui lui est accordé.

L’ordre a été reçu ce matin au point du jour. Les ravitaillements ne peuvent se faire que de nuit et les unités ne sont pas pourvues de quantités suffisantes de cartouches (environ 150 par homme avec les réserves des unités).

Les liaisons par coureurs sont très difficiles avec les cinq unités déployées en première ligne, sur un front de 900 mètres en ligne droite.

Le Chef de Bataillon commandant le 106e a fait la reconnaissance du secteur avec le colonel de Gouvello. Mais il ne connaît pas son secteur dans le détail, ce qui l’expose à des méprises dans la désignation des objectifs.

Les Commandants des compagnies de première ligne (dont une a été seulement relevée cette nuit) n’ont pu faire les reconnaissances indispensables sur le front ennemi.

La prescription de l’ordre d’opérations de se replier avant 13 heures d’environ 200 mètres en arrière sous les feux d’infanterie et d’artillerie d’un ennemi très actif et toujours en éveil, provoquera sans doute des pertes importantes qui pourraient influer sur le moral de la troupe au moment précis où elle a besoin de toute son ardeur.

C’est pour ces raisons qu’après étude approfondie de ces questions avec le colonel de Gouvello, qui m’a précédé dans le secteur et le connaît à fond, le Chef de Bataillon commandant le 106e avait proposé de sérier les efforts et de tronçonner la ligne ennemie avant de l’enlever définitivement.

L’opération telle qu’elle est envisagée ne me parait possible qu’à la condition expresse qu’il me soit permis de la diriger effectivement, c’est-à-dire de fixer à chacun son objectif et la conduite à tenir. Les liaisons impossibles de jour (pas de boyaux d’accès aux premières lignes, terrain constamment battu par des obus de tous calibres) et le temps trop limité ne me le permettent pas.

Je vais toutefois prendre toutes les dispositions – qui seront, malgré tout, insuffisantes pour qu’on puisse escompter un succès a peu près certain – pour me conformer à l’ordre reçu dans le faible délai qui m’est imposé.

Mais je reste convaincu qu’en l’état actuel de la préparation, la solution d’enlever les tranchées des Trois Centres présente plus de chances de succès en opérant par tronçons successifs.

C’est en songeant uniquement à l’intérêt de mon pays, que je me vois obligé de présenter très respectueusement ces réserves.

Signé : « Burtschell »

P. C. M 6 – 15/6/1916.

Ordre d’attaque du 106e B. C. P.

En exécution de l’ordre d’attaque de la 21e D. I., complèté par l’ordre de la 257e Brigade, le 106e Bataillon, disposant d’un bataillon du 359e d’infanterie, attaquera l’ennemi avec mission d’enlever la tranchée des Trois Centres et la tranchée des Sapeurs.

I.    17 juin, à 9 heures Attaque.

II.    Objectifs d’attaque : Tranchée des Trois Centres, tranchée des Sapeurs, tranchée d’Ypres.

III.   Troupes d’attaque et terrain de départ des attaques,

a)    Attaque de gauche :

2e  compagnie du 106e et un peloton de la 1ère, sous les ordres du lieutenant Poussin, partant du boyau Lheveder, prolongé et de la région d’intersection des tranchées d’Ypres, puis des Lisières.

Objectif : Nord des tranchées allemandes des Trois Centres et des Sapeurs et des deux boyaux les faisant communiquer dans cette partie Nord.

Peloton de la 11e compagnie à cheval sur tranchée Negroni. 2e compagnie à gauche, en liaison et en échelon.

b)  Attaque du centre

3e compagnie du 106e Bataillon, un peloton de la 20e compagnie du 359e, sous les ordres du capitaine Querry, partant des parties Ouest et centrale de la tranchée Mary.

1er objectif : Tranchée des Trois Centres.

2ème objectif : Tranchée des Sapeurs, limitée au Sud par le boyau exclus 109.

c) Attaque de droite :

4e compagnie du 106e un peloton de la 18e compagnie du 359, sous les ordres du capitaine Costantini, partant de la partie Est de la tranchée Mary.

Objectif : Tranchée réunissant la tranchée des Trois Centres à la tranchée des Sapeurs, jusqu’au boyau 109 inclus.

IV.    Mitrailleuses

C.M. I et une section de C.M. 2 suivront l’attaque, l’appuieront et s’installeront dans la tranchée des Trois Centres conquise.

La C.M. du 359e établira deux sections dans la tranchée Mary avec mission de parer aux contre-attaques, particulièrement sur celles pouvant déboucher du ravin de la Dame sur l’origine de celui du Bois des Trois Cornes.

Les deux autres sections : disponibles.

V. Occupation de la tranchee Mary :

occupée par toutes les fractions non employées du 5e Bataillon du 359e, deux de ses sections de mitrailleuses, sous les ordres du Chef de Bon Grillot. Mission : parer à toute contre-attaque.

VI.    Renforcement de la ligne principale de résistance

 La 6e reste sur place. Le front de la 3e renforcé par un peloton du 359e. Les trois sections du 359e qui ont renforcé la compagnie Boussard conservent leur mission.

VII.     Artillerie :

Action d’un grand nombre de batteries de différents calibres pour pilonner l’objectif, de 4 heures à 9 heures, et au moment de l’attaque, bombardement des tranchées ennemies voisines avec allongement du tir sur le front d’attaque. Barrage sur le fond du ravin de la Dame par les mortiers de 75 (800 obus).

VIII.     Dès qu’une attaque aura enlevé les objectifs qui lui sont assignés, elle s’efforcera par tous les moyens en son pouvoir d’appuyer l’attaque des troupes voisines et d’établir une liaison étroite avec elles.

IX.     Dès que les tranchées seront nettoyées, prendre, le jour, la tranchee des Trois Centres comme tranchee de ligne principale de défense et l’organiser en conséquence.

La tranchée des Sapeurs sera une ligne avancée avec barrages fortement organisés et postes de guetteurs. L’occupation de la tranchée des Sapeurs sera renforcée des la tombée du jour, de façon à parer a une contre-attaque éventuelle.

X.      Poste de combat du Chef de Bon commandant l’attaque

Poste habituel : M6.

Renseignements transmis par coureurs.

Ligne téléphonique poussée de l’observatoire du Colonel derrière les vagues d’assaut.

En première ligne. – 5e Cie : Cne Sturn : Tranchée du Sergent L’Heveder.

XI.    Mesures préparatoires :

Pour faciliter le tir de notre artillerie, tous les éléments de la tranchee de première ligne (6e compagnie exceptée) seront repliés par les combattants des attaques avant 2 h. 30 (mouvement terminé), sur la tranchée Mary, pour les attaques de droite et du centre, sur le, boyau de Lavolh prolongé, la tranchée d’Ypres et de Douaumont pour l’attaque de gauche, avec une zone de, 300 mètres entourant les objectifs d’attaque.

XII.   Mesures de détails

200 cartouches par homme.

Outils au ceinturon.

4 grenades par homme.

Un sac à terre par homme.

Cisailles à la première vague.

Pas de sac : vivres de réserves dans la musette, couvre pieds dans la toile de tente, le tout roule autour du corps.

Bidons garnis.

Emporter fusées éclairantes à parachute pour demander barrage : rouges, demandes de barrage de nuit ; vertes, allonger le tir.

Feux de bengale (40 par compagnie), pour indiquer l’emplacement de la chaîne aux avions quand ils lanceront leur fusée.

Attaque par pelotons accolés, précédés à une trentaine de mètres par des groupes de grenadiers.

Le capitaine Sturn laissera un sergent, 2 caporaux (pour la compagnie) et 4 chasseurs par section dans ses tranchées pour donner l’impression qu’elles sont occupées.

Le Bataillon fera honneur à sa jeune et superbe réputation. On dira de lui qu’il fut parmi les plus braves de Verdun. En avant, toujours en avant !

Rapport de l’observateur Otto Schmitt 

« Quel beau travail pendant cette prodigieuse journée et comme ils sautaient les pauvres Franzözen sous notre tonitruant bombardement.

 « Si c’est toujours le 39 qui est là devant nous, il ne doit pas rester grand chose.

 « Spectacle kolossal et, digne d’admiration, qui me faisait oublier le froid dans ma nacelle. Dès 6 heures, ce matin, sur les première et deuxième lignes, le bombardement commença. Réglé depuis plusieurs jours, les artilleurs n’eurent pas de peine à découvrir les bons coins. C’était plaisir de voir nos 150 envoyer les poutres des abris voltiger a de grandes hauteurs.

« Les 210 et 380 étaient aussi au travail ; en un mot, toute notre excellente artillerie. Pas un mètre carré de mon secteur d’observation n’a été épargné.

« C’était splendide. D’immenses gerbes de terre et de fumée jaillissaient de toutes parts. Au milieu de ces gerbes, j’apercevais des sacs à terre, des piquets, des réseaux, des débris et aussi, je crois bien, des soldats qui ne devaient pas rire. Toujours ainsi, sans arrêt, jusqu’à la nuit. Nos courageux artilleurs ont dû avoir chaud, mais ils devaient aussi, les Français, avoir chaud supérieurement.

« S’il en reste quelques-uns de ce régiment digne de pitié qui avait le n° 39, ils garderont un bon souvenir de la superbe et excessive artillerie allemande.

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