L’attaque du 21 février 1916

NOTE DE L’AUTEUR

Les pages qui suivent sont tirées de l’ouvrage « Les Chasseurs de Driant », avec l’autorisation de l’auteur, Ch. Leroy, Président de l’Association « Les Chasseurs de Driant et Anciens du 59e B. C. P. ». Le signataire de ces lignes lui exprime ses bien sincères remerciements.

Cdt P. B.

Les Allemands vont attaquer

Le jour se lève livide et brumeux ; dès 6 h. 30, les pionniers du sous-lieutenant Leroy et un peloton de travailleurs de la 7e Cie du 56e Bon conduits par le sous-lieutenant Brouillard renforcent les réseaux devant la ligne de résistance.

Le colonel Driant, sentant le cataclysme proche, donne quelques instructions au sous-lieutenant Leroy. Quatre coups de canon retentissent. Il lève la tête, regarde son interlocuteur sans rien lui dire, et lentement, regagne son P.C.

La formidable attaque sur Verdun est déclenchée.

Un ouragan de projectiles s’abat sur le bois ; les chasseurs qui travaillaient un peu partout se terrent ou cherchent à gagner les abris les plus proches.

C’est un ouragan de mitraille. Les explosions ébranlent l’air. Le sol tremble et s’entrouvre comme retourné par les mines. De grosses branches tombent, hachées par les shrapnells et par les éclats d’obus.

Des la première heure, toutes les communications téléphoniques sont rompues entre le poste de commandement et les premières lignes.

Presque partout, la plupart des abris sont détruits, ensevelissant et contusionnant plus ou moins grièvement les chasseurs qui s’y trouvent.

Le brave et jeune médecin auxiliaire Magnenot, assisté du sergent brancardier, le Père de Martimprey, sans souci des éclats d’obus, arrivent du poste de secours pour donner leurs soins aux blessés les plus gravement atteints.

Comme aucune communication n’est possible, ni avec l’avant, ni avec l’arrière, malgré le dévouement de leurs agents de liaison (dont Warret grièvement blessé ce même jour), le colonel Driant et le commandant Renouard sont réduits à attendre patiemment et passivement la fin de ce cataclysme.

Au plus fort du bombardement, le Ss-Lt Petitcollot, officier adjoint du Col Driant, arrive de Mormont. Dès les premiers coups de canon, comprenant de quoi il s’agissait, il s’était mis tout de suite en devoir de venir rejoindre son chef et les obus l’avaient épargné pendant ce trajet périlleux.

Jusqu’à la tombée de la nuit, les explosions succèdent aux explosions, creusant d’énormes cratères, anéantissant ce qui émerge, ensevelissant tout.

Déclenchement de l’attaque

A 17 heures, le bombardement cesse ; c’est d’abord un soulagement pour les chasseurs survivants, une délicieuse détente des nerfs effroyablement tendus depuis dix heures.

L’accalmie est courte, les Allemands allongent leur tir, et c’est l’assaut.

Partout, la fusillade s’est allumée.

L’effort de l’ennemi parait se concentrer contre les compagnies Robin et Seguin.

Les chasseurs se sont précipités dans des trous d’obus qui jalonnent 1es emplacements de leurs anciennes tranchées.

Les petits postes de guetteurs isolés luttent à la grenade, à la baïonnette, au couteau.

La résistance est énergique, en dépit de l’extrême faiblesse des moyens ; en dépit de la destruction des tranchés et des fusils ; en dépit des vides… Driant l’a dit : « Les chasseurs ne se rendent pas ».

La lutte continue ardente, mais les Allemands s’infiltrent entre les compagnies Robin et, Seguin et arrivent à la tranchée de soutien tenue par la section du Ss-Lt Pagnon, qui se replie sur l’ouvrage où le Lt Robin y dispose d’un peloton bien réduit mais vigoureux et décidé à se défendre jusqu’au bout. On se bat d’abord à coups de fusil, et le sergent Cosyns, d’un tir à répétition à moins de dix mètres, abat sept Allemands ; la lutte continue à la grenade et enfin à la baïonnette et à coups de crosse.

Le sergent Berthe a la mâchoire fracassée par une balle. Le chasseur Hénin qui, seul, interdisait le boyau à une demi section ennemie, a la tête écrasée d’un coup de crosse. Le sergent-major Simon est défiguré par une grenade et le chasseur Dubois a le ventre ouvert d’un coup de baïonnette.

Impuissant a vaincre la résistance, l’ennemi essaie de progresser vers le Sud mais ses fractions sont arrêtées par les feux croisés des compagnies Vigneron et Simon.

La nuit vient. Les Allemands, qui ont subi de lourdes pertes, cessent leurs attaques et se retirent sur les positions organisées qu’ils ont conquises ou qu’on leur a abandonnées.

C’est seulement à 19 heures, quand tout bruit a déjà cessé sur la première ligne, que le Chef de Bon Renouard apprend du Cne Seguin sa situation. Il ne dispose, plus que de quarante-cinq hommes, dont le quart environ n’ont plus de fusil, pour résister aux masses ennemies qui l’enserre de trois côtés, Afin de se garantir à gauche, il fait aménager en tranchée une partie du boyau de communication, puis cela fait, soutenant le moral de ses chasseurs par son attitude résolue et tranquille, dans la nuit qui vient, il attend le choc.

Pendant, ce temps, le Col Driant appelle d’urgence !e 56e Bon au Bois des Caures.

La nuit tombe quand les compagnies du 56e, précédées de du Cne Vincent, arrivent au P. C.

Les compagnies sont réparties pour renforcer les éléments les plus touchés et assurer la liaison avec le 165 e R. I.

Au Bois des Caures, nuit du 21 février

Nuit glacée qu’accompagne un brouillard de neige. L’artillerie allemande ne tire plus que par ses canons de campagne ; les coups espacés tiennent les chasseurs en haleine, mais gênent surtout le ravitaillement.

Par le Cne Vantroy, le Col Driant adresse au Col Vauley, Cdt la Brigade à Mormont, un compte rendu de la situation ; mais la lutte a repris. Le Lt Robin, sentant l’ennemi arrêté, a résolu de reprendre le terrain perdu dans la journée. L’affaire réussit. Surpris par ce vigoureux retour offensif d’une troupe qu’il croyait hors de combat, l’ennemi s’enfuit, allant jeter la panique. Les nôtres, baïonnette haute, sans tirer un coup de fusil, occupent les abris où se trouvent une dizaine de chasseurs prisonniers.

Les communications sont ainsi rétablies, et le Lt Robin, avant de pousser vers les tranchées de première ligne, s’empresse d’adresser un C. R. au Cdt Renouard. Après un regroupement, on repart et des tranchées sont enlevées à la grande surprise de leurs occupants qui, croyant l’oeuvre achevée et fatigués d’une rude journée prenaient du repos ; ils ne peuvent résister devant, la furieuse charge à la baïonnette des nôtres et la plupart des Allemands s’enfuient ; quelques-uns se rendent, et l’un d’eux, qui parle français, révèle au Lt Robin que le bombardement reprendra à 7 heures et qu’à midi se produira un assaut général.

Le Lt Robin s’empresse de transmettre ces renseignements au Cdt Renouard, et comme sa compagnie est très éprouvée, lui demande des renforts et des munitions. Mais en réoccupant leurs positions du matin, nos sections ont eu la satisfaction de constater que les Allemands avaient perdu du monde, eux aussi ; le sol est jonché de cadavres.

Le Cne Seguin, avec son unité, n’a pu que rester sur la défensive.

Vers minuit, les pionniers du Ss-Lt  Leroy lui apportent des munitions : cartouches, grenades et fusées-signaux.

Mais la situation, de ce côté demeure critique et si d’importants renforts ne se hâtent pas d’arriver, on sera submergé dès que l’ennemi reprendra son attaque.

Enfin, un ordre du Cdt Renouard donne au Cne Seguin une lueur d’espoir. Le peloton de l’adjudant contre-attaquera dès 5 heures du matin, avec mission de reprendre la position perdue, et une section du 56e, commandée par le sergent Sixte, vient se mettre à sa disposition pour participer à l’opération.

Le Col Driant est dans le bois. Il visite les postes. Il félicite le Lt Robin pour sa belle conduite, puis lui expose la situation qui n’est pas brillante. A gauche, l’ennemi s’est emparé du Bois d’Hautmont, du Bois Carré, ainsi que de la lisière du Bois des Caures, devant Seguin, qu’il serre de près. A droite, il progresse dans le Bois de Ville, Les chasseurs sont donc en flèche, sérieusement menacés de front et sur leurs deux flancs. Les Allemands ont des effectifs énormes…

– Mais alors, demande Robin, qu’est-ce que je fais là avec mes 80 hommes ?

Le colonel le regarde longuement, comme s’il voulait peser son âme et savoir s’il peut tout dire à un si jeune officier puis :

– Mon pauvre Robin, la consigne est de rester la..

Robin a compris il s’incline.

– Peut-être nous retrouverons-nous, a ajouté Driant.

Et ces dispositions prises, en dépit de la fatigue qui assoupit les plus robustes, chacun travaille de son mieux à la réparation des tranchées, en attendant le jour et le choc annoncé.

Le Cne Seguin, renforcé de la section du Sergt Sixte, du 56e, décide de garder celle-ci près de lui et fait appel à la section de l’adjt Bouvier et à ses pionniers grenadiers pour appuyer la contre-attaque.

A 5 heures du matin, le groupe de 75 du Cdt Chappat couvre de mitraille le Bois Carré.

Le terrain est bouleversé et jonché d’obstacles. Les Allemands sont en forces et sur leurs gardes ; ils ont des mitrailleuses. L’attaque échoue, D’aucun côté, nos chasseurs ne peuvent arriver jusqu’au parapet et la section Bouvier,  pour être menée plus vigoureusement, n’en subit que des pertes plus importantes.

Il faut donc se contenter de renforcer les défenses.

Puis le Cne Seguin, résolu de tenir jusqu’a la mort, brûle ses notes personnelles et tous les documents qui se trouvent dans le poste de commandement. Il est prêt.

Lentement, mais encore trop vite, le jour se lève, blafard et presque sinistre.

22 Février

A 7 heures, de formidables explosions réveillent les échos ; le bombardement commence.

Les obus de gros calibres tombent sur la ligne des tranchées de résistance et vers Beaumont. Sur les tranchées de première ligne et de soutien, il pleut de grosses torpilles dont l’effet est puissant. Les arbres sont coupés net et projetés violemment comme par quelque gigantesque catapulte. Les piquets des réseaux de fil de fer sont arrachés et les fils comme soufflés dans un rayon de 20 mètres. Les mines nettoient ainsi le terrain pour l’assaut.

A midi, le bombardement cesse. Les chasseurs survivants sortent comme ils peuvent de leurs abris éboulés et obstrués et bondissent à leur poste de combat.

Les pertes sont sévères. La plupart des postes de première ligne sont anéantis.

Partout, les fusils font défaut, les munitions et les grenades sont perdues en grande partie.

Sur la ligne de résistance, toutes les fractions sont à leurs postes de combat : les trois sections de la compagnie Simon, la section Undenstoch avec le Cne Hamel, les sections Loiseau et Munsch, ces trois dernières du 56e, ainsi que les pionniers des Ss-Lt Leroy, du 59e, et Crampel, du 56e ; les mitrailleurs des Ss-Lt Berger, Roux et Grasset ; les secrétaires, téléphonistes et plantons du Ss-Lt Debeugny.

Tout de suite, on voit l’ennemi, car ce qui avait été le Bois des Caures n’existe plus. Des masses d’Allemands déferlent serrées et en moins dune heure, cette tenaille, formée par cinq mille on six mille hommes, sera refermée sur les chasseurs.

Ce sont de magnifiques cibles pour les mitrailleuses de l’Adjt Bruni, qui tirent par rafales, mais les munitions sont rares, on doit les économiser pour durer.

Trente-huit fusées rouges sont lancées successivement pour réclamer de l’artillerie des tirs de barrage qui ne se déclenchent pas!

Les trois compagnies de première ligne se sacrifieront à leur poste. Deux régiments, les submergent, et comme elles ne veulent pas se rendre, les Allemands laissent, en arrière, deux bataillons pour les envelopper et les réduire ; puis, sans s’en occuper autrement, ils se répandent dans le bois.

Un groupe est entouré d’Allemands. Le Sergt-major ayant déclaré que le blessé gisant là est le Cne commandant la compagnie, un officier se présente. Il salue militairement, se nomme et dit en excellent français : « Mon Capitaine, je vous félicite pour votre résistance et vous fais mes condoléances pour vos blessures ».

Le Sergt Roussi rend compte que tons ses fusils sont brisés, le canon Hasen est détruit, les canons de 58 n’ont plus de projectiles et après avoir encloué leurs pièces, les servants se joignent aux chasseurs pour prolonger la résistance jusqu’au bout.

L’ennemi s’infiltre entre les ouvrages. Le Lt Robin, à son poste de, commandement, un fusil à la main, fait le coup de feu avec ses agents de liaison et son téléphoniste. Inquiet pour sa section dont il n’a pas de nouvelles, il veut aller voir si l’ennemi est toujours maintenu de ce côté, mais à peine engagé dans le boyau de communication, il est entouré par cinq ou six Allemands à l’affût. Robin est désarmé, renversé et fait prisonnier.

Assaillis par l’arrière, les postes tombent l’un après l’autre, Le Ss-Lt Pluntz n’avait plus que quatre chasseurs valides autour de lui quand une balle en pleine poitrine l’abat. Le Ss-Lt Pagnon, qui combat lui aussi au premier rang de sa section est horriblement défiguré par les lance-flammes.

Personne n’est revenu non plus de la compagnie Vigneron (10e), assaillie de front par tout un bataillon, tournée à gauche par une compagnie et à droite par un autre bataillon qui s’avance à cheval sur la route de Ville. Mais ces braves avaient des munitions et des grenades ; leurs abris avaient été moins éprouvés par le bombardement de même que leurs fusils.

Au P. C. du Colonel Driant

La Division étant dans l’impossibilité d’envoyer des renforts (…sauf une compagnie du 365e commandée par le Cdt Héry qui, dans la nuit, a pris position à la lisière Sud du bois…), les chasseurs sent bien seuls au Bois des Caures.

La résistance suprême va donc se concentrer autour du P. C. ou le Col Driant a groupé la valeur de huit sections dont il reste cent vingt survivants. L’ennemi se présente vers 13 heures par la route de Flabas ; il avance sans tirer, mais les nôtres exécutent des rafales qui l’obligent à s’arrêter momentanément.

Driant est la près de son P. C., un fusil à la main ; tireur d’élite, il annonce le résultat des coups et à lui voir tant d’entrain, chacun a vraiment «  le coeur a l’ouvrage ».

Les munitions ne manquent plus et en dépit des mitrailleuses qui fauchent, la lutte se prolonge, ardente, pendant plus de deux heures. Partout, l’ennemi est cloué sur place, mais nos rangs sont décimés. Il ne reste que quatre-vingts hommes. L’Adjudant Carré et les Sergts Herouin et Lepine sont tués.

Alors, les Allemands portent leurs efforts sur la droite, et vers 14 h. 30, on peut voir des hommes, munis de lance-flammes, détruire les fils de fer et mettre le feu au bourrage de fascines.

Des fractions ennemies s’infiltrent, mais une brillante contre-attaque du Lt Simon, secondé par le Sergt Alliaux, déblaie le terrain et fait tomber huit prisonniers entre nos mains.

Vers 15 heures, une formidable ruée se produit. Un régiment déferle vers la section du Sergt Lépine, détruisant réseaux et fascines, rejetant vers le lieudit « Joli Cœur » le peloton du Cne Berveiller réduit des trois-quarts.

Dans les tranchées, tout le monde est en ligne quand se produit la ruée d’un nouveau bataillon longeant la route de Ville. Les mitrailleuses du Ss-Lt Berger, tirant en rafales, fauchent des rangs entiers.

A la tête de sa section, la baïonnette haute, le Ss-Lt Undenstoch se jette le long de la route de Flabas, au devant des assaillants. Une grêle de balles l’accueille et il tombe l’un des premiers, grièvement atteint. Le Ss-Lt Debeugny se précipite pour prendre sa place. Une balle lui traverse la gorge. Le Ss-Lt Leroy le remplace et, sous un feu meurtrier, ramène les chasseurs survivants dans leur tranchée, où ils continuent la lutte par le feu.

Les Allemands, pour en finir, ont amené un canon de 77 par la route de Ville, jusqu’à 400 mètres, et couvrant les nôtres de mitraille, détruisent les terribles mitrailleuses du Ss-Lt Berger.

Sur trois côtés, les Allemands sont à moins de 100 mètres. Seule la direction de Beaumont reste ouverte, mais dans un quart, d’heure, elle sera fermée à son tour.

Il faut prendre une décision, mais qui parlera de retraite au Col Driant ?

Seul le Cne Hamel, officier nouvellement arrivé dans le groupe, pouvait le faire : « Mon Colonel, c’est un devoir. Pourquoi ne pas essayer de mener quelques-uns de ces braves gens hors du bois ? Ce seront autant de combattants pour demain… »

Driant appelle à lui le Cdt Renouard et le Cne Vincent, les deux admirables chefs des débris de ces beaux 59e et 56 e.

Le débat n’est pas long. La réalité est simple et tragique. Le Cne Hamel, qui était près d’eux, a remarqué la gravité du visage de Driant, l’émotion profonde de Renouard et de Vincent.

La raison l’emporte. Le Cne Hamel est chargé de transmettre à tout le monde l’ordre de repli.

Chaque officier va prendre avec lui une dizaine de chasseurs qui, en petites colonnes se dirigeront, sur Beaumont.

 La compagnie Simon protégera le mouvement en restant dix minutes sur ses positions, puis en laissant derrière la section du Ss-Lt Spitz, réduite à six hommes pour maintenir l’ennemi à distance le plus longtemps possible…

Le Ss-Lt Leroy ira prévenir la compagnie Hery, du 365e, se trouvant aux environs de la lisière Sud-Ouest du bois.

Au P. C., tous les documents sont brûlés et tous les objets d’utilité sont détruits.

Le groupe du Colonel s’est mis en route. En tête, le Cne, Vincent le Cdt Renouard marche seul, le dernier.

Avant de quitter le bois, Driant s’est, arrêté au poste de secours qui est près de la lisière, où les médecins Baudru, Saude, Magnenot et l’aumônier du bataillon, le Père de Martimprey, sergent brancardier, se sont multipliés auprès de nombreux blessés. Volontiers, il resterait là, auprès de ces braves, à leur parler, les réconforter. Il retarde le mouvement. Le Lt Simon le rejoint avec une dizaine d’hommes : tout ce qui reste des trois sections de sa compagnie, et cherche encore, secondé admirablement par le Sergt-major Savard, à maintenir les Allemands à une soixantaine de mètres.

La Mort du Colonel Driant

Sans grande conviction, le Col Driant propose au Père de Martimprey de le suivre : «  Ma place est auprès de ces enfants, mon Colonel ».

Hors du bois, c’est une zone de mort, dans laquelle les mitrailleuses fauchent tout ce qui se meut. Déjà, le Cne Vincent s’est laissé devancer ; i1 est blessé et marche lentement.

Le Col Driant avec le fourrier Leclerc et le chasseur Papin, qui ne l’ont pas quitté, est dans un trou d’obus à 50 mètres d’une tranchée où Papin est blessé. Le Colonel lui fait un pansement provisoire, lui serre la main, puis sort seul pour gagner la petite tranchée a 200 mètres de la lisière du bois où le chasseur Lefebvre l’attend. Il en est à 10 mètres. Une balle l’atteint au front et il tombe en disant : « Oh là, mon Dieu ».

Quelques instants plus tard, le Sergt Lanthez, les fourriers Parmentier et Murat e, le Sergt pionnier Hacquin aperçoivent le Colonel immobile, à l’endroit où la mort l’a pris. Pas plus que le chasseur Lefebvre, sous la pluie des balles, ils ne peuvent aller jusqu’à lui. Tout près de lui, le Cdt Renouard disparaît, lui aussi, mortellement atteint.

Après avoir rempli sa mission, le Ss-Lt Leroy, revenant vers la lisière Sud du bois, aperçoit les Allemands à proximité du carrefour des routes de Ville et de Flabas et, caché dans un trou d’obus pendant de longues minutes, voit nos braves chasseurs montant sur Beaumont, tirés « comme des lapins »  par les mitrailleuses postées sur la route de Ville. Il réussit néanmoins à franchir la route de Vacherauville, visé de très près par des isolés allemands, et se blottit à nouveau de l’autre côté de la route, touché légèrement au bras gauche. Puis, sous une grêle de balles, progressant de trou en trou, il gagne le glacis de Beaumont où, à mi-chemin, il rencontre le Cne Vincent, atteint de deux blessures et réservé pour une mort glorieuse sur un autre champ de bataille.

Descendirent seuls ce soir-là du Bois des Caures en petites fractions qui se rassemblèrent peu à peu dans la nuit aux abords de Vacherauville :

Du 59e Bataillon : Le Lt Simon et le Ss-Lt Leroy avec une trentaine de chasseurs.

Le Ss-Lt Malavault, dont la section qui était en soutien d’un groupe d’artillerie, rejoignit le lendemain avec une quinzaine de chasseurs.

Du 56e Bataillon: Le Cne Vincent, commandant le bataillon, atteint de deux blessures ; le Cne Hamel, le Cne Berweiller, le Lt Raux et le Ss-Lt Grasset, avec une soixantaine de chasseurs.

C’est tout ce qui restait des 1.200 combattants des deux Bataillons de Driant.

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